Un goûter sur fond d’Opérettes à la résidence du marais

Dimanche 25 mars dernier, Danse en Seine retrouvait une nouvelle fois son auditoire préféré à la Résidence du Marais. C’est sur demande spéciale des résidents qu’un atelier a été organisé autour de l’Opérette. Délaissant Balanchine et son Broadway comme Robbins et son West Side Story, Danse en Seine s’est donc attaquée à Orphée aux Enfers d’Offenbach et à La Veuve Joyeuse de Léhar.

Mais d’abord, c’est quoi une opérette? L’opérette,   »fille de l’opéra-comique ayant mal tourné » d’après Saint-Saens, est un genre alliant comédie, chant et danse. A l’instar de son père, l’Opéra-Comique, forme divertissante née au 18ème siècle, des parodies d’opéra et des vaudevilles représentés dans les foires parisiennes,  l’Opérette se caractérise par l’alternance de scènes parlées, de numéros chantés, voire dansés sur fond d’intrigue romanesque. Mais, l’Opérette se différencie de l’Opéra-Comique par l’utilisation de musiques dites « légères » (en opposition à la « musique savante » de l’Opéra-Comique) et par des dénouements heureux. Il s’agit tout simplement de l’ancêtre de la comédie musicale!

En 1847 la première Opérette est née : Don Quichotte et Sancho Pança, de Hervé, suivie de très près ce jeune musicien allemenad aujourd’hui immensément reconnu : Jacques Offenbach.

Orphée aux Enfers

L’Opérette prend ses vraies racines à partir d’Orphée aux Enfers, bien que le style d’Offenbach soit toujours resté très spécifique. Est-il encore besoin de rappeler le mythe d’Orphée, exploité plus tard par les chorégraphes Pina Bausch et Montalvo-Hervieu? Rappelons simplement que le mythe d’Orphée illustre le pouvoir ensorcelant du chant et de la poésie : grâce à son don, Orphée parvient à entrer aux Enfers pour ramener de l’autre côté du Styx, sa jeune épouse Eurydice morte suite à la morsure d’un serpent. Mais une fois au bord du fleuve, il ne peut résister à la tentation de se détourner vers elle, bravant alors l’interdiction d’Hadès : il perd alors définitivement sa bien aimée, et meurt dans d’atroces souffrances.

Ici, Offenbach détourne le mythe en inversant toutes les valeurs de celui-ci. Ainsi, Orphée et Eurydice sont mariés mais ne s’aiment pas : Orphée, merveilleux joueur de violon, se sert de son art pour courtiser les Nymphes, tandis qu’Eurydice, fuyant les mélodies détestées de son époux, est éprise d’un berger du nom d’Aristée.

Sur un livret de Halevy et Crémieux, la première version est créée en octobre 1858 en 2 actes et 4 tableaux. Une certaine presse crie au scandale. Comment ridiculiser la Grèce antique considérée comme le berceau de la culture ? Mais très vite, le le succès grandit et le théâtre des Bouffes Parisiens présente l’œuvre près de 230 fois.

Après la guerre de 1870, Offenbach, avec la collaboration de Crémieux, met au point une version élargie. L’ouvrage devient en 1874 un opéra féerie en 4 actes et 12 tableaux et permet au théâtre de la Gaité d’encaisser des recettes jamais atteintes. L’Acte I met en scène un Orphée, infidèle et prétentieux, et une Eurydice amoureuse d’Aristée (figure humaine déguisée de Pluton, dieu des Enfers) et mourant accidentellement :  “l’Opinion Publique” exige de Jupiter de lui rendre la vie. L’Acte II se déroule sur l’Olympe et met en scène la vie quotidienne de ses Dieux, entre scènes de ménage et discordes… La venue d’Orphée et de l’Opinion publique décide Jupiter à descendre aux Enfers pour mener l’Enquête sur la mort d’Eurydice. L’Acte III décrit le quotidien d’Eurydice et l’entrée de Jupiter aux Enfers : les trois juges et le portier Cerbère étant inféodés à Pluton, Jupiter, est contraint de se transformer en mouche, état dans lequel il courtise la belle Eurydice. L’Opérette se termine sur un acte IV où Jupiter et Pluton s’arrache lEurydice. Pour mettre tous les prétendants d’accord Orphée l’offre finalement à Bacchus.

A travers la satire qu’il fait de l’Olympe, Offenbach nous dresse un tableau ironique de la société de son époque. Ainsi au début de l’acte II, la scène des Dieux ronflant sur leurs nuages dénonce l’inactivité des pouvoirs politiques en place. Les personnages de Pluton et de Jupiter seraient une satire de  Napoléon III, maître absolu qui demeure un aficionados du déguisement (en berger, en mouche…).


La Veuve Joyeuse

Opérette autrichienne en trois actes de Franz LEHÁR (1870-1948) créée à Vienne en 1905 sur un livret de Victor LÉON et Leo STEIN d’après la comédie d’Henri MEILHAC, L’attaché d’ambassade (1861), La Veuve joyeuse est, avec La Chauve-souris de Johann Strauss, l’opérette la plus célèbre et la plus jouée de tout le répertoire.

Comme le veut le genre, l’argument est simple. Paris, début du 20ème siècle. Une veuve jolie et richissime, une réception de l’ambassadeur de Pontevedro, des Ferrero Rocher (juste pour voir si vous suiviez)… Comment s’assurer que cette fortune ne quittera pas le pays? Une bonne intrigue amoureuse fera l’affaire : l’amour de jeunesse de la dame est retrouvé… Le temps a passé mais la passion renaîtra, un mariage avec ce compatriote permettra de sécuriser cette grande fortune.

Le Pontevedro, vous ne connaissez pas? Les auteurs du livret s’affranchissent de la censure de l’époque en imaginant un royaume dans les Balkans, dont le nom rimait avec Monténégro…

Comme la majorité des opérettes viennoises, La Veuve joyeuse s’articule autour des tableaux de bal. Mais l’action se déroulant à Paris, il s’agit bien évidemment de « cancan » :

La Veuve joyeuse a donné lieu à plusieurs adaptations cinématographiques :

—1925 : La Veuve joyeuse, film muet d’Erich von Stroheim avec Mae Murray et John Gilbert
—1934 : La Veuve joyeuse, film d’Ernst Lubitsch avec Jeanette Mac Donald et Maurice Chevalier
—1952 : La Veuve joyeuse, film de Curtis Bernhardt avec Lana Turner et Fernando Lamas